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En tant qu’individus ou collectifs engagés, il est normal de vouloir contribuer à changer les systèmes… Or, la multiplication des crises et des enjeux à défendre a de quoi étourdir : logement, santé, démocratie, protection de la biodiversité, immigration, droits des femmes, autodétermination des Premiers Peuples… Parmi autant de causes nobles, faut-il choisir ? Comment agir sur plusieurs fronts sans se perdre, s’épuiser ou diluer la portée de ses actions ? Pour ceux et celles qui ne savent plus où donner de la tête, voici des pistes pour insuffler un sens plus global à vos initiatives.
En matière de mobilisation citoyenne, de nombreuses initiatives, projets et luttes coexistent. Certains mouvements ciblent un enjeu local, alors que d’autres sont plus idéologiques. En sortant des silos et en inscrivant nos actions dans une suite cohérente, il est possible de réaliser ensemble les changements que nous voulons apporter au monde.
Trouver le dénominateur commun de nos actions de mobilisation
Lorsqu’on s’intéresse à des concepts comme la convergence des luttes, la transition socioécologique ou la justice environnementale et sociale, on peut remonter aux causes profondes de ces enjeux, comme le capitalisme ou la colonisation. En identifiant ces racines communes, il devient possible de proposer des solutions communes qui s’attaquent à la source de ces problèmes. Ce cadre plus global et collectif est donc transversal, car il permet de relier différents mouvements porteurs de changements.
Bien que la tâche semble colossale, il existe de multiples façons de se mobiliser face à ces causes, en misant sur des solutions de fond, même lorsque l’enjeu est très local ou plus spécifique. L’idée n’est pas de créer un grand projet avec l’ambition de tout changer, mais plutôt de bâtir une initiative ou de se joindre à un projet déjà en place, afin de s’inscrire avec intention dans une perspective plus globale et politique.
Pour vous inspirer, voici quelques suggestions concrètes, tirées de l’expérience de groupes du Réseau Demain le Québec. En intégrant ces quelques pistes dans vos actions de mobilisation, vous serez plus à même de trouver des allié·es naturels, de sortir des chambres d’écho et de faire rayonner vos initiatives à plus large échelle.
1. S’intéresser aux lieux, au territoire et à la réappropriation des espaces
Pour tenir vos rencontres ou vos événements, priorisez des lieux où règnent des valeurs de collaboration, de partage des savoirs et de connexion. L’histoire des lieux où l’on se rassemble a un impact significatif sur la cohésion d’un groupe. En choisissant un endroit qui est en cohérence avec les valeurs du groupe, on cultive un sentiment d’appartenance, de fierté, de confiance et même de bien-être.
Bien souvent, les locaux ont une valeur spéculative et marchande. Encouragez les initiatives qui proposent un modèle plus communautaire, comme des coops, des entreprises d’économie sociale, des tiers-lieux ou espaces collaboratifs, des lieux à protéger, etc. Pour faire honneur au lieu choisi, vous pourriez, en ouverture de réunion, prononcer un énoncé de reconnaissance territoriale, grâce auquel vous reconnaissez vous trouver sur le territoire non cédé d’une ou de plusieurs nations autochtones.
Un exemple concret
Découvrez le Centre Social Anarchiste L’Achoppe (CSA) (Hochelaga) : un espace qui vise la diffusion d’une culture révolutionnaire, le développement de pratiques de solidarité et le soutien des luttes sur le territoire de Tio'tia:ke/Montréal. Il sert à la fois d’espace pour des assemblées politiques, des fêtes, et comme lieu de vie et d'entraide. La gestion de ce centre et les activités qui s’y tiennent sont orientées vers des valeurs anarchistes, anticapitalistes et anti-oppressives. Le CSA est constitué d'une grande salle, d’une bibliothèque, d’une cour et d’un sous-sol qui abrite un atelier de réparation de vélo, une salle de musique et une brasserie. L’espace est à l'image des groupes et des personnes qui l’animent et les activités varient selon les envies de ses membres et sympathisant·es. On y encourage d’ailleurs la prise d'initiatives et la mise en commun des ressources.
2. Faire cohabiter la lutte avec le plaisir et le bien-être
Au-delà du projet que vous portez, vous vivez une expérience humaine qui dépasse les objectifs ou la mission du groupe. Se mobiliser, c’est aussi créer des communautés et, grâce à elles, des occasions d’avoir du plaisir, de prendre soin les un·es des autres et d’apprendre ensemble.
En organisant des activités sociales et en créant des espaces de partage sécuritaire, vous contribuez à mettre en place une nouvelle façon de vivre en société. Une vision qui ne tourne pas uniquement autour du travail et du réseau habituel, et qui contribue à créer un tissu social, de la résilience, de la solidarité et de l’interconnectivité, au travers d’une diversité d’enjeux.
Un exemple concret
Découvrez Croque ton quartier (Beauport) : un comité citoyen dynamique qui, depuis 2017, se mobilise pour transformer un terrain laissé vacant après le retrait d’une importante ligne électrique sur la rue Coubertin, à Beauport. Au fil des années, le comité est devenu un organisme citoyen enregistré, et sa communauté engagée cherche à valoriser trois aspects : le vivre-ensemble (la vie de quartier), l’agriculture urbaine et l’engagement citoyen. Ce bel exemple de réappropriation d’espace et de pouvoir citoyen est reconnu pour sa communauté « fruitée-serrée ». Croque ton quartier organise toutes sortes d’activités : rencontres du comité environnement ou du Mouvement du tissu social, ateliers de couture, de méditation et même le comité mini-croque pour les plus petits!
3. Former un réseau d’allié·es
Qu’il soit question d’organisation, de mobilisation, de stratégie, de relations politiques, de revendications ou d’objectifs, il existe de nombreuses similitudes dans les différents projets de mobilisation citoyenne. En implantant une culture de solidarité avec des partenaires et des allié·es clés, il est possible de renforcer les mouvements et les projets, sans réinventer la roue ni décupler les initiatives. En créant des collaborations solides et durables avec d’autres groupes, on peut également apprendre des erreurs et des bons coups des autres, mutualiser des ressources et envoyer un message cohérent à différents publics cibles.
Rappelez-vous que la solidarité se base sur les relations de confiance et d’entraide, alors n’hésitez pas à demander de l’aide à d’autres regroupements ou à tendre la main aux groupes moins privilégiés. Concrètement, la solidarité peut se manifester de plusieurs façons : la reconnaissance de certaines luttes dans vos rencontres/événements/réseaux sociaux, la contribution à une levée de fonds, la participation à des événements et à des manifestations (parfois, être là quand ça compte peut faire toute la différence), le partage d’un local, de matériel, de connaissances et de réflexions, de visibilité, de ressources financières, etc.
Deux exemples concrets
- Découvrez le FREDA - Front de Résistance Écologique et de Défense Autochtone (de Manawan à Gaza, en passant par Wolinak) : un collectif de femmes autochtones et racisées ainsi que d’allié·es guidé·es par un lien sacré à la Terre, le respect du vivant, la souveraineté des nations autochtones et la solidarité avec tous ceux et celles qui vivent sous occupation, effacement ou extraction. En plus de mener leurs différentes luttes, le FREDA est présent à plusieurs manifestations pour soutenir les mouvements contre le racisme, les droits des femmes, les luttes environnementales, la solidarité avec la Palestine, etc.
- Découvrez les Greniers Agricoles (Montérégie) : un collectif paysan militant reliant l’agriculture aux luttes sociales et écologiques. Par un réseau fermier en Montérégie, le collectif récolte les produits invendus et les légumes déclassés pour nourrir, lors d’événements, les personnes qui s’impliquent dans des luttes militantes. Tout en faisant la promotion de la paysannerie engagée, le groupe a déjà nourri plusieurs militant·es lors de différentes manifestations : contre la répression policière, par solidarité avec les gardien·nes du territoire contre l’exploitation forestière liée au projet de loi 97, par solidarité avec les personnes non logées, etc.
4. Apprendre ensemble et porter collectivement un discours politique
Inscrire ses actions dans une perspective plus globale, c’est d’abord comprendre les dynamiques du cadre où elles s’inscrivent, pour ensuite proposer des solutions réalistes et structurantes. Cependant, les espaces politiques et les lieux de discussions peuvent sembler imposants et inaccessibles au quotidien (par exemple, les espaces universitaires ou partisans).
Pour contourner ces barrières et créer des espaces d'apprentissage pour votre groupe, proposez à votre communauté de participer à différentes activités : formations, ateliers, ciné-discussions, assemblées de cuisine, espaces de discussions et d'échanges. Prenez le temps, avec votre groupe, d’évaluer comment ces nouvelles réflexions peuvent transformer votre initiative en termes d’actions et renouveler la vision collective que vous portez.
N’hésitez pas à partager ces nouveaux apprentissages collectifs autour de vous : avec vos partenaires et vos allié·es, par exemple. La force du collectif est aussi de mettre de l’avant une diversité d’idées, de voix et de moyens d’action. Votre démarche inspirera sans doute d’autres groupes, et c’est aussi une belle occasion d’attirer l’attention de nouveaux membres et partenaires.
Consultez nos guides pour vous aider à organiser une assemblée de cuisine ou mettre en œuvre un événement ciné-discussion.
Un exemple concret
Découvrez L’Aile jeunesse du Chantier pour l’économie sociale (provincial) : ce groupe a pour mandat de concerter les forces vives du mouvement de l’économie sociale chez les 35 ans et moins. L’Aile jeunesse organise notamment des discussions autour de leur manifeste, abordant plusieurs thématiques, comme la (re)politisation du mouvement de l'économie sociale, la démarchandisation comme projet politique, le sens du travail, etc. Ses membres n'hésitent pas à prendre la parole dans divers espaces et lieux pour parler de leur vision de l’économie ou même créer des capsules d’éducation populaire!
Des actions de mobilisation plus conscientes et cohérentes
Ces différentes astuces sont une invitation à faire des choix plus conscients et mieux connectés avec les mouvements déjà en place, tout en gardant à l’esprit que l’idée n’est pas d’en faire plus, mais bien de faire mieux… ensemble !
Parfois, de nombreux facteurs hors de notre contrôle limitent le potentiel de solidarité et de collaboration entre les différents mouvements. Il importe d’y accorder une attention particulière, ne serait-ce que pour mettre en lumière certains angles morts et briser ensemble les automatismes qui freinent nos projets.
Après tout, puisque nous marchons tous et toutes dans une même direction, aussi bien nous entraider et ainsi propulser nos actions de mobilisation encore plus loin !
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